Ecovélo.com, une fausse joie ?

Un petit reportage à la télé sur cette jeune start-up ecovelo.com m’a donné envie de regarder de plus près à ce site, qui propose de vous payer pour rouler en vélo, et même pour ne pas rouler, pour peu que vous vous gariez dans une rue passante, si possible dans un centre-ville. Je suis donc allée voir les conditions de cette offre et combien nous pouvions espérer gagner. Et je me suis même inscrite.

Le premier hic, c’est le prix. Oui, avant même de pouvoir gagner de l’argent, on va vous demander d’en dépenser, et cela arrête pas mal de gens, qui ne font ensuite pas confiance au site pour redistribuer les gains espérés. Si l’entreprise fait faillite, si la société est une arnaque (ce qu’elle n’est pas ici), alors, l’avance est perdue. D’ailleurs, le site prévient: dans le cas où on achète un vélo, il faut savoir que la première motivation doit être… d’acheter un vélo! Protégé juridiquement, le site vous a prévenu des risques encourus!

Car on doit payer quoi ? Pour gagner de l’argent avec son vélo, on doit rouler avec un vélo (logique!) et le transformer en vélo-sandwich. C’est-à-dire qu’il faut y mettre de la pub, un peu comme les taxis à Paris, qui en couvrent leur voiture. Ici, c’est sur le cadre (dans l’espace vide entre vos jambes en gros) et sur les roues (qui deviennent des roues lenticulaires: on ne voit plus les rayons, mais la pub!). En effet, l’idée est séduisante pour les annonceurs, qui ne pourraient sans cela faire de la pub dans les lieux les plus centraux des grandes villes. Le vélo, une fois attaché à un poteau en plein centre, joue le rôle de panneau de publicité, sans que l’on puisse accuser l’annonceur de publicité sauvage. L’idée donc est très bonne. Etre payé au kilomètre roulé, ou à l’heure stationnée aussi. Sauf que quand on roule, on ne doit pas très bien voir ce qu’il y a sur les roues!

Pourquoi doit-on payer d’abord donc ? Il faut débourser de quoi acheter le vélo, spécialement équipé des zones d’emplacements publicitaires. Ils sont beaux, mais ne sont pas donnés! On vous demande ainsi si vous voulez un vélo « basic », un vélo de plage (cruiser, les plus beaux!), ou encore un vélo électrique. Le moins cher, en ce moment, c’est le vélo Marinière plutôt joli d’ailleurs, mais quand même à 332 euros, soit bien plus cher qu’un vélo que vous iriez chercher chez Decathlon. Si vous ne voulez pas débourser une telle somme pour gagner de l’argent (on vous comprend!), vous pouvez aussi garder votre vieux clou, et lui faire remplacer ses roues. Si vous n’achetez que le jeu de roues prête à « publiciser », alors l’addition ne monte qu’à 99 euros. Oui, c’est quand même une somme pour une paire de roues tout de même assez moches. Vous avez aussi des roues de Fixies pub-compatibles, mais l’addition monte cette fois à 149 euros. Pöurquoi ne pas faire payer l’annonceur plutôt  ?

Pas la peine d’espérer non plus installer ces roues en deux clics sur un vélib! Ca nemarcherait bien sûr pas. Ces roues ne sont pas « clipsables » d’un vélo à un autre (pourquoi d’ailleurs ne pas avoir développé un tel système plutôt ?), et on doit démonter les anciennes roues de votre vélo pour les utiliser.

Lors de votre inscription, vous devez renseigner vos habitudes de route: combien de kilomètres par jour, combien de jour par semaine, où vous comptez le garer, et pendant combien de temps. Si vous allez au bureau en vélo, et que celui-ci est dans un lieu très passant, que vous le récupérez 8h plus tard, ce site vous convient. Si vous n’allez que dans des zones peu habitées, oubliez.

Combien on gagne, et comment on peut le calculer. Si vous êtes sélectionnés (ou plutôt, si le site a un jour plus d’annonceurs), alors voici le tarif: 10 centimes par kilomètre roulé, 22 centimes par heure de stationnement. Le tout est modulé: plus vous roulez, plus un coéficient « bonus » est ajouté. En gros, plus vous roulez ou plus longtemps vous vous garez, plus vous gagnez. C’est logique. Un exemple: Je fais 3 kilomètres pour aller au boulot le matin, j’y gare mon vélo 8h, et je reviens chez moi. Cela fait, chaque jour (3×2) x 0.10 euros  + 8 x 0.22 euros . Le tout fait 0.60 + 1.76 = 2.36 euros par jour roulé/garé. Sur 25 jours par mois, cela représente 26.52 euros.   C’est pas top top, mais sur 11 mois, cela fait un peu moins de 300 euros par an. Bon, pas de quoi encore rentabiliser son vélo, quand bien même il y aurait une pub dessus 5 jours par semaine, 25 jours par mois, sur 11 mois. Le revenu moyen déclaré par le site est de 60 euros par mois. Pour ce prix là, il faut quand même faire pas mal de kilomètres par jours!  En tout cas, pour le moment, peu probable que vous touchiez un tel montant à la vue du peu d’annonceur qui veut mettre pour le moment de la publicité sur ces vélos (un annonceur disponible sur Rennes seulement pour l’instant qui cible surtout des étudiants).

Dommage, une bien belle idée, dans l’air du temps, mais qui souffre peut-être aussi, du côté des cyclistes d’un coût d’entrée un peu cher, alors qu’un système de clipsages de publicité sur les roues auraient probablement été plus simple et moins onéreux. Si on vous vole vos roues ou votre vélo, il y a de quoi pleurer! Du côté des annonceurs, on peut espérer que cela démarre un jour car l’idée est excellente pour contrecarrer les problèmes de l’affichage sauvage en centre ville. Pour le moment, toutes les inscriptions sont sur « liste d’attente ». Donc pas moyen de commencer réellement l’expérience. Et bien sûr, cette astuce n’est pas pour ceux qui ne veulent pas être « traqués », car le tout est bien sûr « surveillé » par une application dédiée, qui suit vos moindres faits et geste (en fait surtout votre position GPS, ou en tout cas celle de votre vélo).

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